Publié par : rdegreve | septembre 18, 2010

Relation de l’évasion de DEGREVE Octave, Arthur, Antoine-Joseph

Je livre aux éventuels lecteurs de ce blog le texte suivant :

« Quitté le territoire belge le 14 juillet 1941 (recherché par l’occupant).

Passé la ligne de démarcation à LAON le 16 juillet caché dans un fourgon de marchandises.

Arrivé à PARIS chez Mr. et Mme LAMBERT, Boulevard Montparnasse, qui me recueillent et me fournissent le gîte et le couvert, et me mettent en contact avec un groupe de résistants français qui me procure une fausse carte d’identité française.

Quitté PARIS pour MOULINS le 16 août. Je devais retrouver à DIGOIN un certain Claude LANGLION à l’Hôtel des Sports, qui me ferait passer en zone libre. A mon arrivée, on m’apprit que ce dernier avait été arrêté par les Allemands.

Isolé, je résolus de tenter ma chance seul et je me dirigeai vers la ligne de démarcation.

Je rencontrai sur la route une religieuse à qui je demandai quelques renseignements, et qui me conseilla de m’adresser au baron de BILLY, qui avait l’avantage d’avoir ses terres à cheval sur la ligne. Elle poussa l’amabilité de me présenter au Baron qui après quelques hésitations accepta de ma guider à travers ses bois et champs. Je débouché [sic] au village de St YAN, où je fus interpellé par une patrouille de Gendarmerie et incarcéré à la prison du lieu. Le lendemain, je fus embarqué pour MACON et remis entre les mains de l’officier de renseignements du 5e Dragons. Celui-ci me donna le choix : l’engagement à la Légion Étrangère ou le camp. J’optai pour la première solution avec le seul souci de m’évader à la première occasion. Je fis connaissance avec un sous-officier français à qui je racontai ma mésaventure. Bon patriote, il réussit à me faire sortir du quartier, et me mit sur un train de marchandises en partance pour MARSEILLE grâce à la complicité du chef de train.

Je me réfugiai dans le quartier du vieux Port. J’appris par un moine franciscain qui offrait un peu de nourriture aux pauvres qu’il existait un « Office belge pour réfugiés » dirigé par un certain Mr FRANCOIS. Celui-ci me conseille de me diriger sur MONTPELLIER où un état-major belge est toujours sur place. Je prends la route pour MONTPELLIER et me présente au Colonel SEVRIN  après quelques jours passés dans un camion militaire abandonné, avec un autre belge Jean REIS dans la même situation que moi, et qui devint mon compagnon de route jusqu’en Angleterre. Le Colonel SEVRIN nous informa qu’à LIMOUX, le commandant DOYEN dirigeait une filière sur l’Espagne. Nous quittâmes MONTPELLIER sans un sou en voyageant en fraude jusqu’à LIMOUX.

Après présentation au commandant DOYEN (devenu général par la suite) ce dernier nous confie à un guide qui nous convoiera jusqu’en Andorre. Nous prenons la montagne au village « Les Cabanes » et après 3 jours de montagne, nous traversons la vallée Andorrane jusqu’à Andorre la Vieille où notre guide nous largue après nous avoir remis un peu d’argent espagnol et remis entre les mains d’un contrebandier qui devait nous faire passer la frontière espagnole.

Celui-ci nous abandonna en pleine montagne, et par nos propres moyens nous arrivâmes à GUARDIOLA, où nous passâmes la Sègre à la nage.

Nous prîmes le train pour Barcelone avec le peu d’argent que nous possédions.

A Barcelone, nous fûmes reçus par monsieur le Consul Général JOTTART qui nous recueillit, nous offrit le gîte, le couvert et nous habilla décemment, car nous étions en haillons. Nous lui exposâmes le but de notre équipée. Il nous remit de l’argent et nous décidâmes d’éviter les grands axes en passant par SEVILLE.

Nous mêlant aux équipes de vendangeurs, nous évitions les contrôles de la police espagnole.

A Séville nous prenons le train pour Badajoz où nous passerons la frontière portugaise.

A proximité de cette dernière, nous sommes arrêtés par un garde civil que nous achetons avec 100 pesetas et une carte d’Espagne Michelin.

Passé la frontière, nous sommes arrêtés par des douaniers portugais qui nous refoulent.

Nous passons une deuxième fois à travers champs et nous arrivons à Elvas.

Nous sommes interpellés par une patrouille et mis en prison. Le lendemain interrogés par [des hommes de] la sécurité qui nous refoulent pour la seconde fois.

Nous retraversons la nuit et notre tentative réussit.

Après une longue route faite de nuit, nous atteignons ESTAMOZ où nous voyageons jusqu’à LISBONNE avec tous les moyens de fortune.

Nous nous présentons le 18 septembre à l’Ambassade belge. Remis entre les mains des services anglais qui nous dirigent sur GIBRALTAR et ensuite sur LIVERPOOL.

Nous sommes dirigés Jean REIS et moi sur LONDRES à Patriotic School pour interrogatoire.

Séjour de quinze jours dans cet établissement et dirigés ensuite vers l’Ambassade Belge à LONDRES.

Repris en force en qualité  de volontaire de guerre jusqu’à le fin des hostilités.

J’ai passé sur toutes les souffrances, les tribulations et les péripéties endurrées au cours de mon évasion.

J’affirme sur l’honneur que cette relation est complète et sincère.

IMC O-A DEGREVE

rue de France, 5

6220 Fleurus »

Ce texte a été écrit par mon grand-père et tous les renseignements que j’ai pu vérifier se sont révélés exacts. Une partie des billets suivants de ce blog concerneront des éléments de ce texte, ce qui justifie la création d’une catégorie « Vie d’Octave ArthurAntoine Joseph Degrève ».

Publicités

Responses

  1. […] Mon grand-père et le réseau Benoît Pour comprendre de quoi je vais parler ici, il faut commencer par lire le billet précédent intitulé Relation de l’évasion de Octave Arthur Antoine Jospeh Degrève. […]

  2. […] ligne de démarcation ? Les personnes qui ont lu le texte écrit par mon grand-père Octave Degrève ont pu s’étonner de la présence d’une ligne de démarcation à Laon, préfecture du […]

  3. […] Cette phrase est la première du texte de mon grand-père que j’ai cité in extenso dans un autre billet, celui-ci. […]

  4. […] Belgique qui est passé par l’Andorre. Je voulais en particulier communiquer à Claude Benet le texte autobiographique de mon grand-père pour lui permettre d’augmenter sa documentation sur son sujet […]

  5. My fathers name is jean Reis, I am interested to find out if he is the Same jean Reis in this blog. Unfortunately I do not speak French so will have to find an interpreter. My father is a Belgian and he escaped to Britain during the war. I know vey little about this part of his life. Except that he was imprisoned when he arrived in the UK and we have his written explanation of how he was able to travel to UK.

    • Hello Philjan2013,
      I am really sorry for answering so late. I was very happy to read you but I had a lot of things to do and then I forgot the entire story.
      I thinbk that your father was the friend of my grandfather. Would you be so kind to send me the text you’ve got from your father ? I could translate it, as I can read English, and I could send it to my grandfather’schildren, my own father, my aunt and mu uncles.
      I am realizing that I answer almost two years after your message and I apologize again.
      Best regards
      Renaud Degrève


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :