Publié par : rdegreve | septembre 21, 2010

Quand un Degrève polémique avec un Nothomb

Au cours de mes recherches sur mon arrière-arrière-grand-père Antoine Degrève, dont j’aurai sûrement l’occasion de reparler, je suis tombé sur cette lettre que j’ai trouvé savoureuse.Quelques précisions sont nécessaires : Antoine Degrève est né à Tourinnes-la-Grosse, dans le Brabant wallon, le 19 septembre 1846. Il est né catholique : je possède une copie de son acte de baptême en latin. Il se convertit au protestantisme dans sa variante évangélique au temple de Charleroi, dont le pasteur est alors Georges Poinsot. Il a ensuite été colporteur, lecteur de la Bible et aide-pasteur. Cette lettre est adressée à Léonard Anet, Secrétaire générale de la Société évangélique de Belgique. Je remercie l’Eglise protestante unie de Belgique pour l’accueil qu’elle m’a réservé.

Voici cette lettre :

« Morville-Anthée le 4 octobre 1883,

Cher Monsieur et Honoré Frère,

Je regrette de n’avoir que du réchauffé à vous donner. Si j’avais pris des notes sous l’impression du moment le récit aurait beaucoup plus de fraîcheur. J’arrive donc aux traits principaux. Il pleuvait à verse quand les troupes arrivèrent dans notre localité. Chacun de ceux qui devait en loger était sur le chemin attendant ses hommes. Deux ou trois officiers étaient sans lit malgré les recherches des fourriers. De ce nombre était le capitaine Nothomb. Il m’adressa la parole pour savoir si je ne pourrais pas lui fournir une auberge pour se restaurer et pour loger.

Comme il disait, il est le plus ancien capitaine du régiment et il était le seul capitaine qui n’avait pas une maison où trouver du confortable. Voyant l’intérêt que je lui portais il revint à la maison avec un lieutenant et son frère, un négociant de Liège. La conversation familière devint bientôt discussion religieuse assez vive pour attirer bientôt d’autres officiers. Le capitaine Nothomb accusa tous les principes qui ne sont pas les siens et fit l’apothéose [sic] de l’église romaine dont il veut être un fidèle défenseur. Quand je voulais répondre, il ne voulait pas ou plutôt il ne m’en donnait pas le temps. Ses collègues en furent mécontents et lui [dirent] que c’était mal de sa part de ne me pas donner le temps de répondre à ses accusations.

Il n’en continuait pas moins. Alors au lieu de répondre à ses accusations je lui fis des questions. Lui, s’appuyant sur l’ancienneté de son église, voulait que je reçusse ses arguments comme émanant d’une autorité divine.

J’allai chercher un Testament. Il ne le voulait pas consulter parce que c’était une version protestante et en langue vulgaire. J’allai chercher la version latine de Théodore de Bèze ; elle n’était pas approuvée. Enfin j’allai chercher la version de l’abbé Glaire. Celle-là est approuvé ; mais étant interprété par un protestant, elle ne pouvait pas faire force de loi. Furieux, le négociant se lève et dit : « Les trois plus grands ennemis de la société sont l’ignorance, la superstition et le despotisme, trois propriétés de l’église romaine. »

Le capitaine Nothomb fait une esquisse historique pour montrer que le Clergé a été le gardien des arts et des belles lettres.

À mon tour je lui fais remarquer que ce ne sont pas les moines fanatiques qui ont travaillé au maintien de la « lumière sur le chandelier » ; et que bien souvent ceux qui ont lutté contre les arbérations [sic, pour : aberrations] des ultramontains ont encouru la disgrâce, quand ce n’était que cela. Nous discutons les dogmes décrétés par les conciles et le capitaine avoue franchement que son église a accepté  des doctrines et des cérémonies païennes. Arrivent alors le Colonel et son lieutenant qui veulent s’informer de quoi s’agit. Ils me félicitent ainsi que les autres officiers qui racontent aux premiers ce qu’ils viennent d’entendre. Seul, le capitaine Nothomb est tout confus et il reste assis dans son coin.

Après le rapport et la visite aux soldats, Nothomb revient, après le souper revient encore et veut m’emmener à l’estaminet où il loge. Le lendemain les officiers de la veille viennent avec deux autres encore pour me faire leurs adieux.

Votre dévoué A. Degrève »

Je serais évidemment très curieux de savoir qui était ce capitaine Nothomb. En tout cas, aucun des membres célèbres de cette famille célèbre.

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