Publié par : rdegreve | octobre 1, 2010

Histoire et politique : le cas belge

Souvent les hommes politiques utilisent des références historiques dans leurs discours. A plus ou moins bon escient.

Et de larges secteurs des opinions publiques se définissent par leur rapport au passé.

La Belgique voit s’opposer depuis plusieurs dizaines d’années deux nationalismes : le belge et le flamand – il n’existe pas vraiment de nationalisme wallon. Comme il est normal, chacun de ces nationalismes a cherché à interpréter l’histoire d’une manière qui tourne en défaveur de son adversaire.

En particulier, un mythe a longtemps circulé en Flandres selon lequel les soldats du front pendant la Guerre de 1914 auraient été flamands à 80% voire 90%. Imaginez ces soldats ne comprenant pas les ordres de leurs officiers francophones : c’était la conjonction de la discrimination linguistique et de la domination sociale dans la situation la plus dramatique qui soit, la mort de masse. Si j’ai écrit plus haut « un mythe », c’est que les historiens ont montré que cette proportions oscillait en réalité autour de 65-68% qui correspond à la proportion de la population flamande en Belgique. Et ces historiens étaient des historiens flamands.

Autre exemple : l’idée que la collaboration en Belgique n’aurait concerné que les flamands, ce qui n’est pas la réalité. Les historiens des deux langues ont cherché à analyser les différences entre les collaboration des deux parties du pays : plus économique, plus intégrée au Nord, plus marginale mais plus violente au Sud, etc. Ce qui est remarquable, c’est qu’il y a bien un consensus entre les chercheurs des deux régions. Je mentionne ici le recueil édité par José Gotovitch et Chantal Kesteloot, Collaboration, répression, Un passé qui résiste, Bruxelles, Labor, 2002 (traduit en néerlandais sous le titre : Het gewicht van het oorlogsverleden, Gent, Academia Press, 2003).

Très récemment, la « petite phrase » du politicien flamand Bart de Wever, prétendant que la collaboration en Wallonie n’avait pas été étudiée pouvait être démentie très rapidement, par exemple par Francis Balace, professeur à l’université de Liège qui a dirigé plus d’une vingtaine de mémoires d’étudiants sur le rexisme.

Pierre Nora a écrit : « La mémoire divise, l’histoire réunit ».

Il semble que ce moderne adage trouve une application pertinente en Belgique.

Je voudrais terminer ce billet par un hommage particulier à Frans-Jos Verdoodt qui demanda un « pardon historique » au sujet de la collaboration flamande en 2000 lors d’un pèlerinage très prisé des nationalistes flamands et qui expliqua son lien personnel avec l’histoire (un père collaborateur) dans le livre cité plus haut.

Quoiqu’il arrive à ce pays, je crois qu’il faut admirer et encourager le travail de réflexion et d’étude, pour dépassionner les relations entre des communautés qui seront amenées à se fréquenter, comme « colocataires » d’un État fédéral ou comme voisines.

En tout cas, voilà peut-être une manière de répondre à la question : « Pourquoi faire de l’histoire ? »

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :