Publié par : rdegreve | février 9, 2011

France et Belgique

Dans un souci de comparatisme un peu trop rare, je voudrais établir entre l’histoire de France et l’histoire de Belgique quelques parallèles.

Ce qui est passionnant, c’est que le peuple francophone de Belgique et le peuple francophone de France ont tellement de points communs aux niveaux culturel, social et politique que l’on peut essayer d’attribuer les différences entre eux à des causes historiques ou géographiques assez précises.

Bon , la Belgique est un royaume tout petit et tout plat. La France est une République grande (parmi les pays européens) et aux paysages variés.

Géographie : la Belgique est une partie de la vaste zone basse et fertile où se jettent des fleuves comme le Rhin, la Meuse et l’Escaut. Un critère est très simple : la densité de population est, aux Pays-Bas, de 395 habitants aux kilomètres carrés, en Belgique de 365 et dans la région administrative française du Nord-Pas de Calais de 324. Voilà qui contraste nettement avec la densité générale française qui est de  112 habitants aux kilomètre carré et qui descend jusqu’à 63 hab./km2 en Midi-Pyrénées et à 44 en Limousin.

Cette particularité de géographie physique justifie pleinement le terme Pays-Bas né au XIVe siècle à la cour du Duché de Bourgogne pour désigner l’ensemble de ces territoires.

Histoire : la construction de l’identité française est bien sûr encore un sujet de débats acharnés, historiographiques et politiques en même temps. Mais cette identité ne fait pour ainsi dire plus de doute. Les fidèles du Roi de France et les défenseurs de la Révolution française s’affrontent sur la légitimité du pouvoir : pour aller vite, les uns choisissent la Monarchie, héritée et transcendante et les autres la République, innovante et humaine. Mais tous s’accordent sur la réalité d’une nation centrée sur la ville de Paris. Les crises (guerre de Cent ans, Guerres de religion, Révolution) ont été surmontées à chaque fois par une affirmation plus forte de l’identité nationale. Il faut être un citoyen extrémiste ou un politicien électoraliste pour douter de l’identité de la France.

En revanche, la Belgique a une identité très imparfaite et souvent niée. Actuellement, le nationalisme flamand semble même plus puissant que le nationalisme belge. Il n’y a pas vraiment de nationalisme wallon ou bruxellois ou francophone : le régionalisme ou le fédéralisme satisfont généralement les défenseurs de ces identités, à l’exception de quelques personnes qui souhaitent le rattachement à la France, on les appelle pour cela les « rattachistes ».

Les fondateurs de la nation Belge aimaient à citer une phrase de Jules César dans La guerre des Gaules selon lequel, de tous les Gaulois, les Belges étaient les plus braves. Seulement, la « Gaule Belgique » correspond mal à la Belgique actuelle. Sa capitale était Reims. Et l’on ne sait plus, actuellement, s’il y avait réellement une unité ethnique dans cette province. Le mot « Belgique », d’abord adjectif était, aux Temps modernes, l’équivalent de « Pays-bas ». Les États Belgiques Unis n’ont eu qu’une existence éphémère en 1790. Le traité de Vienne en 1815 a réuni le territoire actuel de la Belgique à la Hollande, jusqu’à ce que la « Révolution belge » de 1830, amène la constitution du pays. La dynastie belge est d’origine allemande (Saxt-Coburg-Gotha) parce que les Anglais refusaient qu’elle soit française (« Anvers est un revolver braqué sur Londres »). La bourgeoisie belge parlait français, au Nord comme au Sud, le peuple parlait différents dialectes, germaniques au Nord et romans au Sud.

Ce qui est essentiel, c’est que l’État centralisé n’a jamais existé en Belgique avant 1815, et encore après 1815 a-t-il des limites qui étonnerait un Français La Principauté de Liège par exemple a eu un destin à part jusqu’en 1795. Les provinces ont toujours eu des responsabilités importantes, de même que les communes et aujourd’hui les Communautés et les Régions prennent en charge de plus en plus de domaines de la vie publiques. Les Universités par exemple ont été majoritairement fondées par d’autres acteurs que l’État.

Dernière remarque : les Pays-Bas (Belgique + Pays-Bas actuels) sont réputés avoir été la deuxième région du globe, après l’Angleterre à avoir connu la première révolution industrielle, celle du charbon. Rappelons que la France, elle, est réputée avoir été la première région du globe à avoir connu la révolution démographique. Comme ces deux révolutions sont fondamentales pour créer les conditions du développement moderne, il est intéressant de relever les particularités de l’Angleterre, de la France et de la Belgique.

Culture enfin : en conséquence de sa place éminente (en 1795, la France est à la 3e place au monde pour la population derrière l’Inde et la Chine et elle n’est doublée dans la première moitié du XIXe siècle que par la Russie) et de l’importance de la Révolution française (pour mémoire, le système rationnel de mesures et le Code civil ont été largement adoptés dans le monde entier),  la France a représenté (et représente encore à un moindre degré) un modèle pour elle-même et pour les autres. Certes pas le seul modèle, mais un des plus importants. Par exemple, les États-Unis naissants hésitent sur plusieurs points entre un modèle britannique et un modèle français. Les États-Unis sont eux-mêmes devenus un modèle pour eux-mêmes et pour les autres, cela est une autre histoire. Évidemment, les Chinois, les Indiens et les Musulmans ont des modèles et des conflits entre modèles qui peuvent être différents.

Ce que je veux simplement souligner ici, c’est l’appartenance de chaque français à une nation dont tout le monde sait qu’elle a joué un rôle considérable dans l’histoire du monde, qui a exercé une sorte de « mission » particulière. La question de savoir qui est français est donc importante : je renvoie au livre de Patrick Weil.

En contraste, un belge sait très vite que sa communauté nationale est douteuse, complexe et partagées  et que son pays est plutôt un non-pays : c’est cette région qui n’est ni la France ni l’Allemagne, ni l’Angleterre, ni la Hollande, mais qui est coincée entre eux.

Les Belges vivent leur pays comme le « champ de bataille » de l’Europe occidentale. Bien sûr, ce n’est pas le seul, mais il suffit de rappeler les noms de Neerwinden, de Fleurus et de Waterloo pour admettre que cet espace au nord de la puissance française a souvent accueilli les conflits entre la France et ses rivaux principaux, Espagne (eh ! oui ! du temps où Bruxelles et Lille étaient espagnoles), Allemagne (la Belgique neutre constituant une manière pour ce pays d’attaquer la France en en contournant les défenses), voire Angleterre (Waterloo).

Dans les conflits entre les puissances, entre les grandes idées, la Belgique se sent toujours victime. L’obsession de la neutralité est un des éléments clés de la politique étrangère belge : dans les années 30, la dénonciation de l’alliance avec la France et l’Angleterre a amené l’État belge à feindre une sorte d’équilibre entre l’Allemagne nazie et les démocraties, jusqu’à l’attaque du 10 mai 1940. Les discussions entre la Belgique, la France et le Royaume-Uni ne pouvaient que se faire discrètement !

Le Belge a une réputation de lourdeur et de matérialisme qui ne date pas des blagues de la fin du XXe siècle. Déjà Baudelaire…

Mais, empêché de participer à une grande aventure spirituelle comme l’a connue la France avec ses révolutions, ses contre-révolutions, ses guerres civiles, ses Empires, né sous de tristes auspices (acceptant la perte du Luxembourg grand-ducal et du Limbourg septentrional sous la pression d’une banque bien connue  dont le nouvel État avait besoin pour survivre), ce pays a excellé dans l’industrie, dans un grand souci souci du confort, dans un réalisme dont on retrouve  d’ailleurs quelques traits dans les populations française du Nord et de l’Est.

Si l’on ajoute à tout cela la fameuse coupure linguistique, on comprendra que, sans verser dans des « clichés nationaux », je défends que le Belge en naissant vit dans un monde plus menacé et plus réaliste que le Français habité par l’idéal, un idéal qui a été soutenu par une grande puissance.

Ce comparatisme me paraît nécessaire pour mieux comprendre ce qui s’est passé dans l’un et l’autre pays.

Un exemple : pendant la Seconde guerre mondiale, le Belgique fut gouvernée par une administration militaire allemande et par les « secrétaires généraux », des hauts-fonctionnaires qui réfléchissaient de manière pragmatique à la meilleure façon de permettre à la population de se ravitailler tout en évitant de produire pour l’effort de guerre allemande, ce qui peut amener à devoir prendre des décisions délicates (est-on autorisé à produire les vêtements de soldats allemands ?).  Les ministres belges Londres ne contestent pas cette attitude. La Belgique ne peut se nourrir, n’étant pas par exemple un pays de grande production céréalière. Le ministre des Finances Camille Gutt reconnaît : « Pour manger, il faut acheter, pour acheter, il faut vendre, pour vendre, il faut produire ». Il y a donc une sorte d’accord pragmatique entre tous, que l’on appelle en Belgique « le moindre mal ».

En comparaison, les Français donnent au même moment l’impression de perpétuer une éternelle guerre civile. Deux nationalisme mystiques s’opposent – quand ce ne sont pas des internationalismes transcendants – comme si l’homme se nourrissait plus de grandes idées que de pommes de terre et de pain.

Je défends que, sur de nombreux sujets, une comparaison entre les situations belges et française permettrait de mieux comprendre l’origine de faits culturels et sociaux. Il ne s’agit pas, je le répète, de répéter les clichés nationaux qui essentialisent les différences, il s’agit au contraire de  remettre l’être humain dans son environnement historique, qui est collectif – donc, entre autres, national.

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