Publié par : rdegreve | mai 19, 2011

La France était-elle matériellement mal préparée à la guerre en 1940 ?

Cette question est au fond une partie de la question plus large et si importante : pourquoi la France a-t-elle perdu cette guerre ?

Pour montrer l’importance, je me contenterai ici de citer François Fillon quand il était ministre des Affaires sociales. Cela se passe le 2 octobre 2002, lors de la discussion à l’Assemblée nationale du « projet de loi relatif aux salaires, au temps de travail et au développement de l’emploi », projet de loi réformant les 35 heures (voir le site de l’Assemblée nationale) :

« M. le ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité. Par ailleurs, vous avez mis en cause la rapidité avec laquelle le gouvernement auquel j’appartiens a réagi pour mettre en oeuvre une nouvelle politique après l’échec de la politique de l’emploi que vous avez conduite. Je prends cela évidemment comme un hommage, et cela me permet de répondre à ceux qui trouvaient que je n’allais pas assez vite que j’avais sans doute le bon rythme.
Enfin, vous avez défendu l’idée que la droite est la droite, que la gauche est la gauche, que l’histoire balbutie, que vous avez toujours été à l’origine des conquêtes sociales…
    M. Jean Le Garrec. Je n’ai jamais dit ça !
    M. le ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité. … quand nous aurions toujours tenté de nous y opposer. C’est oublier le rôle que nous avons joué dans la construction de notre système de protection sociale. C’est oublier les grandes lois de 1970 sur l’hôpital, de 1975 sur les handicaps, ou encore de 1971 sur la formation professionnelle.
    Mme Martine David. Tout ça ne va pas très loin !
    M. le ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité. C’est aussi oublier le rôle et la responsabilité du Front populaire dans l’effondrement de la nation française elle-même ! (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour la majorité présidentielle. – Très vives protestations sur les bancs du groupe socialiste.)
    Plusieurs députés du groupe socialiste. C’est scandaleux !
    M. Jean-Marc Ayrault. Vous dérapez !
    M. Gérard Bapt. Vichyste !
    Mme Martine David. C’est indigne de cette enceinte !
    M. le ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité. On sent quand les sujets vous touchent ! (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste.)
    M. le président. Continuez, monsieur le ministre. S’il vous plaît ! »

La citation exacte permet de repérer les applaudissements des députés de droite et les réactions indignés de la gauche : le sujet reste politiquement très actuel !

Je veux recommander ici un article qui me semble excellent, publié dans la revue Guerres mondiales et conflits contemporains, qui a pris la succession de la Revue d’histoire de la Seconde guerre mondiale. Cet article est consultable sur Internet sur le site cairn.

L’auteur montre très clairement que le réarmement a été une réalité massive à partir de 1936, que c’était même la seule réponse concrète à la perception de la menace croissante représentée par Hitler, « la politique étrangère et la doctrine militaire étant marquées l’une et l’autre par une forte inertie et des hésitations durables ».

Voici les chiffres des trois programmes successifs du réarmement français :

« — le programme initial du 7 septembre 1936, dit des 14 milliards (sur quatre ans), en réaction à la réoccupation militaire de la Rhénanie intervenue en mars mais différée en raison du jeu politique français et de ses échéances électorales. Les dates l’indiquent clairement : le réarmement a constitué immédiatement une priorité du gouvernement du Front populaire, et tout particulièrement de Léon Blum et d’Édouard Daladier ;

— le programme complémentaire du printemps 1938 d’un montant de 12 milliards (décrets-lois du 2 mai 1938), en réaction à l’annexion de l’Autriche (Anschluss) au mois de mars, qui privilégiait tout particulièrement les armements antiaériens ;

— le programme du printemps 1939 d’un montant de près de 65 milliards sur quatre ans (1940-1943), en réaction à l’entrée des troupes allemandes à Prague et à l’annexion de la Bohême-Moravie, toujours en mars, mais partiellement adopté dans des conditions politiques difficiles. »

Tout l’article est intéressant, nuançant par exemple aussi, la qualité de la préparation allemande.

Un compte-rendu de colloque paru dans la revue Autrement et un numéro très récent de la revue L’Histoire abordent la même question des causes de la défaite de 1940.

Annie Lacroix-Riz défend, elle, la thèse d’un « choix de la défaite » par les élites économiques françaises. Je recommande ici son site Internet : historiographie.info.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :