Publié par : rdegreve | mars 4, 2013

L’enterrement d’une résistante

L’enterrement d’une résistante
Combien étions-nous ? Je ne saurais le dire. Mais dans les rues de Verniolles nous semblions une foule. Foule d’hommes et de femmes, avec en tête un cercueil porté par huit paires de bras, puis un groupe de drapeaux où celui de l’Espagne républicaine flottait au milieu de ceux des Anciens combattants. On enterrait Herminia Puigsech Munoz.
Quelques milans tournaient dans le ciel, montrant leur queue échancrée et leur ventre beige et marron. Le cimetière se remplit peu à peu, se remplit tant qu’il était impossible à la plupart des gens de voir ceux qui ont pris la parole. D’abord une musique s’éleva, le Chant des Partisans interprétée par un homme. Les paroles guerrières détonaient un peu avec l’image de la disparue, nous rappelant que les résistants devaient parfois aussi donner la mort. Puis La Marseillaise, mais sans paroles, c’est-à-dire la France sans mots, terre d’arrivée des fugitifs de la Retirada, terre pleine d’espoirs et de déceptions. L’hymne de la France pour une morte au cercueil enveloppé du drapeau de la République espagnole.
Numen prit alors la parole. Dans un premier temps, il réussit à contenir son émotion pour faire part à l’assistance de messages qu’il avait reçus. Messages des politiques, Jean-Pierre Bel, Martin Malvy et Marc Carballido. Le plus émouvant fut sans doute le message du maire de Tordera en Espagne, dans la comarque de Maresme (province de Barcelone), Tordera dont le dernier maire républicain fut le propre grand-père de Numen, le père d’Herminia.
Ensuite, Numen s’adressa directement à sa mère, rappela qu’elle se retrouva veuve avec deux garçons au décès du père d’un accident du travail et qu’elle occupa plusieurs emplois pour qu’ils aient de quoi mener une vie normale, qu’ils puissent par exemple aller en vacances à Castillon-de-Tarnos. Il évoqua aussi les derniers moments d’Herminia, qui ne voulait pas dormir de peur de ne pas se réveiller – et elle avait raison. Elle allait maintenant rejoindre les morts de sa famille…
Jacques Morell rendit ensuite hommage à Herminia et associa à cet hommage un résistant décédé la semaine précédente, l’Allemand Charlie Schnepper qui habitait à Varilhes. Herminia aurait voulu se rendre à son enterrement, mais elle était déjà trop faible.
Un message de José Alonso, alias le commandant Robert dans la Résistance, qui rappelle qu’Herminia l’appelait malicieusement « mon commandant ».
Puis une femme prit la parole qui choisit, pour rendre un bel hommage à la vigueur intellectuelle et aux valeurs morales d’Herminia, de lire le discours que celle-ci avait prononcé lors de la cérémonie organisé en septembre 2009 quand son nom avait été attribué à l’école primaire de Verniolles. Dans ce texte, Herminia s’adressait – ou devrait-on dire s’adresse ? – aux enfants en évoquant son enfance, en mentionnant le grand pédagogue catalan Francsisco Ferrer et en appelant à la solidarité avec les sans-papiers.
Nous sommes passés d’un monde avec Herminia à un monde sans Herminia, restera en nous l’idéal qu’elle portait avec fermeté et modestie.
Renaud Degrève

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