Publié par : rdegreve | janvier 24, 2011

Sortie toulousaine

Le 12 janvier dernier, journée toulousaine.

Je voulais aller au vernissage de l’exposition « La bataille des Pyrénées » à l’Ostal d’Occitania dont j’ai parlé dans mon dernier message.

Sur la route en direction de la capitale de la République espagnole en exil, une autre affiche attire mon attention, portant en gros les mots « Destins brisés ». Renseignements pris, il s’agit d’une affiche pour une autre exposition, au musée départemental de la Résistance.

Voici le lien vers cette exposition  : http://www.musee-resistance31.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=191&Itemid=256.

Et un fichier pdf à télécharger : http://www.musee-resistance31.fr/images/fichierspdf/fiche%20exposition%20destins%20brises.pdf

Ainsi que le catalogue : http://www.musee-resistance31.fr/images/fichierspdf/cg31_catalogue_expo_destins_brises.pdf

J’ai le temps de foncer Allée des Demoiselles. De quoi s’agit-il ? De tableaux tout à fait intéressants, mais pas foncièrement différents de bien d’autres tableaux de la même époque : figuratifs sans être naïvement réalistes. Pour savoir ce qu’est l’École de Paris, je conseille le site de Nadine Nieszawer. Je cite un court extrait :

« Venus de l’est européen, entre 1905 et 1939. Ils fuyaient l’antisémitisme de leurs pays, cherchant, à Paris une terre d’accueil où leur soif artistique pourrait s’exprimer librement.
Ces peintres  s’installent à Montparnasse, se frottent à l’avant-garde foisonnante de l’époque, recréant un shtetl d’artistes qui se réunis dans les cafés du quartier, et finissent par former ce qu’on appellent l’Ecole de Paris.
Dans les nombreux ouvrages consacrés à l’Ecole de Paris, il est rarement fait état de leur judaïsme. »

Les plus connus de ces peintres (en-dehors des généralissimes Soutine, Kisling, Modigliani et Chagall) se nomment Blondel, Epstein et Krémègne.

Le point commun des artistes ici exposés est que la Seconde guerre mondiale fut pour eux tous une épreuve qui brisa leur carrière – d’où le titre de l’exposition, organisée par le Conseil général de la Haute-Garonne. Le collectionneur Michel Picard, présent, communique aux visiteurs sa passion pour des œuvres qui lui tiennent intensément à coeur.

La rue Malcousinat est une petite rue tout près de la place Esquirol. L’Ostal d’Occitania est un lieu géré par Convergencia Occitana, association regroupant environ 70 associations œuvrant pour l’occitan et la culture occitane.

Et pourtant, cette exposition était bilingue mais pas occitane, ce qui rend témoignage d’une vison détendue de la culture régionale : les textes des panneaux sont rédigés en catalan et en français. En fait, l’exposition a été réalisée par Noemi Riudor, Claude Benet et Annie Rieu-Mias et présentée d’abord à Esterri d’Aneu à l’Ecomuseu de les valls d’Aneu en 2007-2008. Ensuite, elle a voyagé : Sant Julia de Lorda (Andorre), Casa Espana (Toulouse), Maison du chemin de la liberté (Saint-Girons), Médiathèque du canton d’Oust (Seix). Je conseille vivement la lecture du blog sur les réseaux d’évasion à travers les Pyrénées.

Les destins de plusieurs personnalités hors du commun, française, espagnoles, andorranes sont évoqués de manière très suggestive et passionnante.

Le vernissage, inauguré par MM Jean-François Laffont, président de Convergencia Occitania et Jean-Charles Valadier, adjoint au maire de Toulouse, chargé de la langue et de la culture occitane, fut animé par les interventions des organisateurs-créateurs de l’exposition et par les chants d’un groupe d’occitans fort talentueux. Parmi d’autres, j’ai relevé une version occitane de L’Estaca de Lluis Llach.

Bravo et merci, en particulier à Annie Rieu-Mias, dont je recommande encore le blog.

 

 

Publicités
Publié par : rdegreve | janvier 12, 2011

Exposition sur les réseaux de passage des Pyréenées, Toulouse.

L’association ASPIC, organise une exposition à Toulouse. Pour en savoir plus sur cette association transfrontalière, je vous conseille de vous reporter au blog d’Annie Rieu-Mias .

Voici l’affiche de cette exposition :

Toulouse Ostal d'Occitania, du 12 au 29 janvier 2010.

Affiche de l'exposition "La Bataille des Pyrénées"

Publié par : rdegreve | novembre 6, 2010

Pour retrouver Eloïse : une enquête historique

Hier, nous étions quelques uns à nous réunir à l’Institut d’Estudis Andorrans à Toulouse, à deux pas du Capitole, à l’initiative de Claudi Benet, auteur d’un livre récent sur l’Andorre pendant la Seconde guerre mondiale, publié en catalan et traduit en français.

Accueillis par Meritxell Martin, on trouvait autour de la table, outre Claude Benet qui a animé la réunion : Maria Rose Viadiu, fille de Francesc Viadiu, un des fondateurs du parti politique Esquerra Republicana de Catalunya et important passeur pendant la Seconde guerre mondiale (voir aussi cette biographie et celle-ci) accompagnée de son fils Josep Iturrioz Viadiu, Marcel Granier, président du Comité Départemental de la Résistance de la Haute-Garonne, Francis Aguila, auteur d’un livre sur des passeurs de la haute vallée de l’Ariège Les cols de l’espoir, Joseph Péron, animateur culturel radio à Radio Mon pais, Christian Bouquet, chercheur passionné qui est venu de Montpellier, Henri Taverner, éditeur passionné de cyclisme, entre autres, Sylvain Athiel, auteur d’un livre passionnant sur Radio Andorre, Pierre Estournel, journaliste à La dépêche du midi et à Radio Mon Païs et fils d’un évadé et Annie Rieu-Mias, sociologue et fille d’un médecin républicain espagnol, qui a contribué à la création d’une exposition sur les passeurs.

Ma présence se justifiait à double titre, si l’on peut dire : comme membre de l’association ariégeoise Mémoire et Résistance en Ariège – Solidarité transfrontalière et comme petit-fils d’un évadé de Belgique qui est passé par l’Andorre. Je voulais en particulier communiquer à Claude Benet le texte autobiographique de mon grand-père pour lui permettre d’augmenter sa documentation sur son sujet d’études.

Les exposés les plus copieux ont été ceux de Sylvain Athiel, sur l’histoire de Radio Andorre, et de Christian Bouquet sur l’avancée de ses recherches sur Eloïse.

Voici un résumé succinct de ce qui est en passe de devenir une véritable enquête policière : en 1940 à Montpellier, un groupe d’officiers belges et polonais cherche à passer en Espagne. Ils sont accompagnés par une femme dont le « nom de guerre » est Eloïse, dont le frère et le fiancé font partie du groupe d’officiers. Elle s’est définie elle-même comme « venant de Flandres mais parlant l’allemand comme une native ». Après l’échec de la tentative d’évasion par bateau et l’arrestation de son fiancé, elle cherche à le rejoindre. On la retrouve ensuite plus tard, cherchant à passer les Pyrénées, accompagnée par deux aviateurs canadiens. Et tous les trois sont, semble-t-il, trouvés morts dans la montagne près du col de Fontargent, entre la haute Ariège et l’Andorre. Mais on ne sait pas où se trouvent les cadavres.

Il y a donc un double mystère : qui était Eloïse ? et où se trouve son corps ?

Ce mystère qui passionne Claude Benet  a trouvé son détective en la personne de Christian Bouquet. Bien entendu, si je peux contribuer à cette recherche, je le ferai. Je pense que je ne suis pas le seul.

La discussion a aussi évoqué d’autres sujets : les intellectuels catalans en exil à Montpellier, l’exode des belges, Lapin blanc, etc.

Mon impression est que des relations de travail vont sans doute se nouer à l’issue de cette réunion. Elle aura ainsi parfaitement atteint son but.

Puisse la mutualisation des moyens prônée par Claude Benet permettre la résolution du mystère d’Eloïse, et plus généralement des progrès dans la connaissance historique.

Publié par : rdegreve | octobre 28, 2010

Un livre belge de 1941 sur le Camp du Vernet (Ariège)

Voici la couverture d’un livre trouvé chez un bouquiniste de Bruxelles :

« Marcel Bourgeois

Un reportage

L’île des Ombres

L’enfer du camp du Vernet

Choses vues

Bruxelles

1941″

L’auteur a édité lui-même son livre, imprimé à Bruxelles par la Mutuelle d’édition, de publicité et d’imprimerie. Il signale avoir écrit auparavant un roman L’impossible rachat et un reportage Bas-fonds et trottoirs de Bruxelles et préparer la publication d’une pièce de théâtre Le Dieu jaune, en collaboration avec Julien de la Doës.

Le livre est dédié à M. Francotte, chef de la Croix-Rouge du Camp du Vernet.

Je n’ai rien trouvé sur Marcel Bourgeois, je dois donc me contenter de ce qu’il écrit dans L’île des Ombres.

On peut séparer les propos de Marcel Bourgeois en trois grandes catégories : les descriptions de la vie dans le camp ; les témoignages sur des affaires précises ; les considérations politiques générales.

Mais il ne faut pas perdre de vue ce que cette distinction peut avoir d’arbitraire : en effet, pour Marcel Bourgeois, l’horreur des conditions de la détention qu’il a subie  justifie son hostilité à la France, même si elle n’en est pas à l’origine.

Pour donner une idée du contenue du livre, voici la liste des chapitres :

– Chapitre I : « Vengeance » française…

– Chapitre II : Négociations… avec l’extérieur et l’intérieur

– Chapitre III : Les Autorités Belges nous abandonnent

– Chapitre IV : L’assassinat d’un évade

– Chapitre V : Sur la France et les Français

– Chapitre VI : Les internés italiens et allemands

– Chapitre VII  : Vers la liberté

– Chapitre VIII : Comment on soignait les malades

– Chapitre IX : Comment on exploitait les prisonniers

– Chapitre X : Le jeu et le trafic au Vernet

– Chapitre XI : Heures d’espoir et de désespoir

– Chapitre XII : Les Juifs

– Chapitre XIII : Les « personnalités » du Vernet

– Chapitre XIV : Le rapport Borginon

– Chapitre XV : Comment fut assassiné le Comte Thierry de Ludre

– Chapitre XVI : Le meurtre de Van Severen

– Chapitre XVII : Le Wagon E. 62232

– Chapitre XVIII : Conclusions / La Belgique a fait son devoir.

Billet à compléter dans les jours qui viennent avec l’analyse du livre

 

Cette phrase est la première du texte de mon grand-père que j’ai cité in extenso dans un autre billet, celui-ci.

Je me suis posé plusieurs questions à propos de cette phrase :

– quelle était la situation dans le pays à l’époque ?

– fallait-il beaucoup de courage et/ou d’inconscience pour effectuer un choix pareil ?

– que pensaient les Belges de ce genre d’aventuriers, eux réputés placides et pragmatiques.

Pour essayer de ne pas être dominé par des sentiments, pour m’éloigner aussi du souvenir des commentaires familiaux sur l’héroïsme ou le côté « tête brûlé » de mon grand-père, je suis allé chercher dans des livres d’histoire. La comparaison de leurs analyses peut se révéler intéressante, d’une part pour cerner les réalités et les problématiques de mon sujet d’étude, d’autre part pour comprendre comment se construit un texte appartenant à un genre historique.

Le premier livre que j’ai consulté est-il vraiment un livre d’histoire ? Ou faut-il classer à part les témoignages pour la raison que les témoins ne sont pas forcément formés aux techniques de l’historien ? Nous verrons.

Le livre s’intitule « Évadés », avec comme sous-titre « Voyageurs sans passeports ». Il a été écrit par le lieutenant-colonel Guy Weber. Cet officier supérieur né le 22 octobre 1921 à Etterbeek, a rejoint, en octobre 1943, la « Brigade Piron« ,  en Angleterre. Il sera plus tard, entre autres, conseiller de Moïse Tschombe lors de l’affaire du Katanga et aide de camp du Roi Léopold III. En fait, il a écrit ce livre , publié en 1979, à la suite du succès éditorial d’un premier livre sur la Brigade Piron, intitulés « Des hommes oubliés ». L’éditeur, enfin, Louis Musin, dont une plaque commémorative à Bruxelles proclame qu’il a été « poète picard, écrivain wallon, éditeur bruxellois, conseiller à la Ville de Bruxelles », est cité dans le livre : ainsi que l’écrit Guy Weber, il s’est « offert une évasion non conformiste : par la Suède ! » Le catalogue de Louis Lusin comporte aussi bien une collection sur « La chanson des rues de Bruxelles  » que des ouvrages consacrés à la littérature et à l’histoire.

Le livre consiste en une série de récits d’évasion. Un assez copieux prologue et une courte conclusion encadrent ces récits que complètent de nombreuses photos. La tonalité générale de l’ouvrage est un hommage au courage et au désintéressement. Ce qui m’intéresse au plus haut point, c’est ce que Guy Weber écrit à propos des évadés.

« Ceux qui ont pris la décision, entre 1940 et 1942, de rallier la Grande-Bretagne en guerre, sont des précurseurs. Il faut rendre hommage à leur foi. Ils n’ont jamais douté dans la victoire finale des Anglais. » Voilà un exemple du style de Guy Weber. Ces quelques lignes sont suivies  d’une chronologie des années 1940, 1941 et 1942, puis l’écrivain retrouve une plume plus lyrique :

« Tels sont les éphémérides de plus de deux années. Pour les résumer : la bannière à croix gammée flotte sur le Pirée, à Sébastopol, à Héraklion, à Tunis… Les partisans de l’Ordre Nouveau jubilent. Ceux qui prétendent que les Allemands perdront la guerre, sont ridiculisés par les journaux autorisés, par ceux qui « font des affaires » avec l’occupant, par la masse des moutons de Panurge et des parasites qui vivent au gré où on les mène.

Ceux qui tentent de rejoindre les forces anglaises sont considérés comme des aventuriers, des écervelés, des proscrits. »

Il y a quand même un problème avec ce genre de considérations : elles relèvent plus de l’émotion et du sentiment personnel que du témoignage objectif ou de l’analyse. J’ai donc voulu confronter ce texte avec une description de l’opinion publique belge, reconnue comme  équilibrée et fiable, celle qu’a écrite M. Paul Struye sous le nom de «L’évolution du sentiment public en Belgique sous l’occupation allemande» et qui a été récemment rééditée par José Gotovitch, coéditée par le CEGES et les éditions Complexe de Bruxelles sous le titre de : « La Belgique sous l’Occupation allemande (1940-1944) ».

Voici un extrait de ce qu’écrit Paul Struye après un an d’Occupation :

« Au lendemain de la capitulation, la grosse majorité des Belges a eu le sentiment que la guerre était terminée pour la Belgique.

Aujourd’hui la conviction quasi générale est au contraire que l’occupant traite le pays en ennemi et que la guerre continue.

L’attitude du gouvernement et du gouverneur général du Congo, constituant une nouvelle armée en Angleterre et mettant un contingent de troupes congolaises à la disposition des Britanniques dans leur campagne d’Ethiopie, a été à l’origine l’objet d’assez nombreuses critiques. Elles n’ont pas entièrement cessé à l’heure actuelle. L’on entend encore répéter que « le Congo aurait mieux fait de rester à l’écart du conflit » et que « M. Ryckmans a péché par excès de zèle ».

Ces critiques se sont pourtant sensiblement atténuées. Il semble que la majorité de nos concitoyens approuve aujourd’hui sans réserve la participation continuée de la Belgique aux hostilités.

Le sentiment dominant est que seule la victoire de la Grande-Bretagne pouvant restaurer l’indépendance du pays, il est logique et normal que la Belgique aide, dans la mesure de ses forces, à cette victoire (…)

Quant à la majorité de la population, elle est persuadée de la victoire anglaise. Cette conviction robuste est particulièrement ancrée dans la masse : le paysan et l’ouvrier n’ont, à cet égard, aucun doute. »

Ce texte est daté du 15 juin 1941.

Voilà un autre son de cloche. Que peut-on tirer comme conclusion ? Probablement Guy Weber a-t-il fréquenté pendant la guerre, jusqu’à son évasion vers l’Angleterre, des milieux particulièrement anglophobes ou prêts à accepter la collaboration avec les Allemands au nom du « moindre mal ».

La question s’est donc légèrement déplacé, à tout le moins. Les Belges qui sont partis en Grande-Bretagne étaient en phase avec leur milieu sur le soutien aux Alliés et sur la confiance dans leur victoire finale. La seule différence entre les Belges qui rejoignent Londres et ceux qui restent au pays concerne alors la question du risque. Les volontaires belges en Grande-Bretagne sont certes des aventuriers ; mais des aventuriers en accord avec leur peuple.

Un dernier point est problématique : le risque est certes couru par les évadés, mais qu’en est-il de leurs familles ? Il est notoire que les Allemands n’hésitaient pas à prendre des otages. Voici ce que j’ai trouvé sur ce sujet dans l’ouvrage de Paul Struye : pages 157-158 de l’édition par José Gotovitch.

« Après deux ans et demi d’Occupation (…)

D’autre part, le régime de l’Occupation s’est fait de mois en mois plus pesant. La série des ordonnances allemandes s’immisçant dans notre législation nationale s’est allongée. L’activité et la rigueur des Conseils de guerre se sont accrues.

Au début de l’Occupation, les condamnations à mort, d’ailleurs peu nombreuses, n’avaient pas été exécutées. A l’heure actuelle, on croit savoir qu’il y a déjà eu au moins dix fois plus d’exécutions capitales que pendant les quatre années de guerre 1914-1918. Le nombre des arrestations, des condamnations à de lourdes peines d’emprisonnement ou de travaux forcés, des déportations, des arrestations d’otages est de plus en plus considérable.

On est à peu près unanime à considérer que l’Occupation est devenue, dans son ensemble, beaucoup plus dure qu’il y a vingt-cinq ans. On reconnaît, il est vrai, que les voies de fait et les excès individuels dont la population peut avoir à se plaindre de la part des troupes cantonnées en Belgique, sont réduites au minimum qu’il est impossible d’éviter lorsqu’une armée étrangère, même non ennemie, est en contact avec la population d’un pays occupé. Et l’on rend hommage à la correction et à la discipline de ces troupes qui ne se sont pas relâchées en dépit de la prolongation des hostilités. A cet égard on admet que l’Occupation est moins pénible à supporter que celle de 1914-1918. Mais on observe que le « régime » lui-même est devenu beaucoup plus rigoureux. On souligne notamment que le champs des interdictions et des contraintes a été largement étendu, que les jeunes gens qui cherchent à rejoindre les forces belges en Angleterre sont actuellement passibles de la peine de mort,que leurs parents, frères et sœurs sont tenus pour responsables de leur évasion, que des otages ont été exécutés pour des délits qu’ils n’avaient pas commis, que le travail forcé a été organisé par d’autres méthodes, mais d’une façon plus systématique et plus efficients, qu’il s’étend cette fois aux femmes, qu’enfin l’occupant a réussi à « étouffer » toutes les voix qui, en 1914-1918, s’élevaient périodiquement pour encourager la population à la confiance ; et à créer entre ses propres autorités et les autorités nationales demeurées en fonction une confusion telle que le public ne sait plus ce qui est ordonnance allemande ou législation belge et se demande souvent si son devoir est d’obéir ou de résister à telle ou telle mesure. »

Enfant, j’ai entendu raconter que mon grand-père avait été condamné à mort par les Allemands,  jamais que sa famille avait été « tenue pour responsable ».  Mais, entre les possibilités de malentendus et les silences volontaires ou non, ce souvenir n’a que peu de valeur. J’espère être un jour en mesure de présenter des documents plus précis. En attendant, ces extraits auront peut-être permis aux lecteurs de se faire une idée du contexte dans lequel s’est déroulée cette « évasion ».

Les deux ouvrages « historiques »‘ dont j’ai tiré ces extraits ne sont en réalité ni l’un ni l’autre des œuvres d’historien  proprement parler : Paul Struye est un témoin écrivant à l’époque et Guy Weber un acteur des événements devenu écrivain. La valeur du premier découle de la confiance que lui accorde un historien comme José Gotovitch. Le parti-pris du second – qui n’enlève d’ailleurs pas toute leur valeur documentaire à ses textes – se repère facilement au vocabulaire subjectif et engagé.

Sur une question extrêmement sensible – pourquoi certains individus ont basculé dans la résistance contre l’occupant ? – l’histoire, si elle ne peut pas trancher en dernière analyse, apporte des éléments indispensables.

Publié par : rdegreve | octobre 1, 2010

Histoire et politique : le cas belge

Souvent les hommes politiques utilisent des références historiques dans leurs discours. A plus ou moins bon escient.

Et de larges secteurs des opinions publiques se définissent par leur rapport au passé.

La Belgique voit s’opposer depuis plusieurs dizaines d’années deux nationalismes : le belge et le flamand – il n’existe pas vraiment de nationalisme wallon. Comme il est normal, chacun de ces nationalismes a cherché à interpréter l’histoire d’une manière qui tourne en défaveur de son adversaire.

En particulier, un mythe a longtemps circulé en Flandres selon lequel les soldats du front pendant la Guerre de 1914 auraient été flamands à 80% voire 90%. Imaginez ces soldats ne comprenant pas les ordres de leurs officiers francophones : c’était la conjonction de la discrimination linguistique et de la domination sociale dans la situation la plus dramatique qui soit, la mort de masse. Si j’ai écrit plus haut « un mythe », c’est que les historiens ont montré que cette proportions oscillait en réalité autour de 65-68% qui correspond à la proportion de la population flamande en Belgique. Et ces historiens étaient des historiens flamands.

Autre exemple : l’idée que la collaboration en Belgique n’aurait concerné que les flamands, ce qui n’est pas la réalité. Les historiens des deux langues ont cherché à analyser les différences entre les collaboration des deux parties du pays : plus économique, plus intégrée au Nord, plus marginale mais plus violente au Sud, etc. Ce qui est remarquable, c’est qu’il y a bien un consensus entre les chercheurs des deux régions. Je mentionne ici le recueil édité par José Gotovitch et Chantal Kesteloot, Collaboration, répression, Un passé qui résiste, Bruxelles, Labor, 2002 (traduit en néerlandais sous le titre : Het gewicht van het oorlogsverleden, Gent, Academia Press, 2003).

Très récemment, la « petite phrase » du politicien flamand Bart de Wever, prétendant que la collaboration en Wallonie n’avait pas été étudiée pouvait être démentie très rapidement, par exemple par Francis Balace, professeur à l’université de Liège qui a dirigé plus d’une vingtaine de mémoires d’étudiants sur le rexisme.

Pierre Nora a écrit : « La mémoire divise, l’histoire réunit ».

Il semble que ce moderne adage trouve une application pertinente en Belgique.

Je voudrais terminer ce billet par un hommage particulier à Frans-Jos Verdoodt qui demanda un « pardon historique » au sujet de la collaboration flamande en 2000 lors d’un pèlerinage très prisé des nationalistes flamands et qui expliqua son lien personnel avec l’histoire (un père collaborateur) dans le livre cité plus haut.

Quoiqu’il arrive à ce pays, je crois qu’il faut admirer et encourager le travail de réflexion et d’étude, pour dépassionner les relations entre des communautés qui seront amenées à se fréquenter, comme « colocataires » d’un État fédéral ou comme voisines.

En tout cas, voilà peut-être une manière de répondre à la question : « Pourquoi faire de l’histoire ? »

Publié par : rdegreve | septembre 22, 2010

Appel à témoins : les réfugiés belges en France en 1940

Dans le cadre d’un mémoire de master d’histoire à l’université du Mirail à Toulouse, je serais intéressé par tous les témoignages sur la présence des réfugiés belges, particulièrement dans le Sud de la France.

Petit rappel : l’Allemagne attaque le Luxembourg, la Belgique et la Hollande le 10 mai. Au terme de la « bataille de dix-huit jours », le roi des Belges Léopold III capitule le 28 mai, les Français et les Anglais tiennent pendant quelques jours la poche de Dunkerque pour embarquer leurs troupes vers la Grande-Bretagne.

La Belgique se vide de ses soldats et de ses civils. On estime que 2 millions de personnes se retrouvent sur les routes de France.

Aucun ouvrage n’existe sur ce sujet. Toutes les informations seront bienvenues.

Publié par : rdegreve | septembre 21, 2010

Quand un Degrève polémique avec un Nothomb

Au cours de mes recherches sur mon arrière-arrière-grand-père Antoine Degrève, dont j’aurai sûrement l’occasion de reparler, je suis tombé sur cette lettre que j’ai trouvé savoureuse.Quelques précisions sont nécessaires : Antoine Degrève est né à Tourinnes-la-Grosse, dans le Brabant wallon, le 19 septembre 1846. Il est né catholique : je possède une copie de son acte de baptême en latin. Il se convertit au protestantisme dans sa variante évangélique au temple de Charleroi, dont le pasteur est alors Georges Poinsot. Il a ensuite été colporteur, lecteur de la Bible et aide-pasteur. Cette lettre est adressée à Léonard Anet, Secrétaire générale de la Société évangélique de Belgique. Je remercie l’Eglise protestante unie de Belgique pour l’accueil qu’elle m’a réservé.

Voici cette lettre :

« Morville-Anthée le 4 octobre 1883,

Cher Monsieur et Honoré Frère,

Je regrette de n’avoir que du réchauffé à vous donner. Si j’avais pris des notes sous l’impression du moment le récit aurait beaucoup plus de fraîcheur. J’arrive donc aux traits principaux. Il pleuvait à verse quand les troupes arrivèrent dans notre localité. Chacun de ceux qui devait en loger était sur le chemin attendant ses hommes. Deux ou trois officiers étaient sans lit malgré les recherches des fourriers. De ce nombre était le capitaine Nothomb. Il m’adressa la parole pour savoir si je ne pourrais pas lui fournir une auberge pour se restaurer et pour loger.

Comme il disait, il est le plus ancien capitaine du régiment et il était le seul capitaine qui n’avait pas une maison où trouver du confortable. Voyant l’intérêt que je lui portais il revint à la maison avec un lieutenant et son frère, un négociant de Liège. La conversation familière devint bientôt discussion religieuse assez vive pour attirer bientôt d’autres officiers. Le capitaine Nothomb accusa tous les principes qui ne sont pas les siens et fit l’apothéose [sic] de l’église romaine dont il veut être un fidèle défenseur. Quand je voulais répondre, il ne voulait pas ou plutôt il ne m’en donnait pas le temps. Ses collègues en furent mécontents et lui [dirent] que c’était mal de sa part de ne me pas donner le temps de répondre à ses accusations.

Il n’en continuait pas moins. Alors au lieu de répondre à ses accusations je lui fis des questions. Lui, s’appuyant sur l’ancienneté de son église, voulait que je reçusse ses arguments comme émanant d’une autorité divine.

J’allai chercher un Testament. Il ne le voulait pas consulter parce que c’était une version protestante et en langue vulgaire. J’allai chercher la version latine de Théodore de Bèze ; elle n’était pas approuvée. Enfin j’allai chercher la version de l’abbé Glaire. Celle-là est approuvé ; mais étant interprété par un protestant, elle ne pouvait pas faire force de loi. Furieux, le négociant se lève et dit : « Les trois plus grands ennemis de la société sont l’ignorance, la superstition et le despotisme, trois propriétés de l’église romaine. »

Le capitaine Nothomb fait une esquisse historique pour montrer que le Clergé a été le gardien des arts et des belles lettres.

À mon tour je lui fais remarquer que ce ne sont pas les moines fanatiques qui ont travaillé au maintien de la « lumière sur le chandelier » ; et que bien souvent ceux qui ont lutté contre les arbérations [sic, pour : aberrations] des ultramontains ont encouru la disgrâce, quand ce n’était que cela. Nous discutons les dogmes décrétés par les conciles et le capitaine avoue franchement que son église a accepté  des doctrines et des cérémonies païennes. Arrivent alors le Colonel et son lieutenant qui veulent s’informer de quoi s’agit. Ils me félicitent ainsi que les autres officiers qui racontent aux premiers ce qu’ils viennent d’entendre. Seul, le capitaine Nothomb est tout confus et il reste assis dans son coin.

Après le rapport et la visite aux soldats, Nothomb revient, après le souper revient encore et veut m’emmener à l’estaminet où il loge. Le lendemain les officiers de la veille viennent avec deux autres encore pour me faire leurs adieux.

Votre dévoué A. Degrève »

Je serais évidemment très curieux de savoir qui était ce capitaine Nothomb. En tout cas, aucun des membres célèbres de cette famille célèbre.

Publié par : rdegreve | septembre 20, 2010

Quelle ligne de démarcation ?

Les personnes qui ont lu le texte écrit par mon grand-père Octave Degrève ont pu s’étonner de la présence d’une ligne de démarcation à Laon, préfecture du département de l’Aisne, alors que la limite entre la « zone occupée » et la « zone non-occupée », dite souvent « zone nono » ou encore « zone libre », passait bien plus au Sud.

Cela s’explique très bien : il y avait plusieurs lignes de démarcation. Voici une carte de France avec les différentes zones, et donc les lignes de démarcation :

Carte de France après l'armistice du 22 juin 1940Copyright : hist-geo.com.

Cette autre carte situe les villes de Laon et de Moulins citées dans le texte :

La France 1940-1944Carte extraite de herodote.net.

Le passage de la ligne de démarcation entre la zone interdite et la ligne occupée ne semble pas voir posé de problème à Octave Degrève. Il n’en a pas été de même de la ligne de démarcation entre zone occupée et zone non-occupée. Ci-dessous, un exemple de pancarte qui provient d’un site sur Bellegarde-sur-Valserine, riche de photos d’époque. Copyright : ETcom.

Pancarte de la ligne de démarcation

Une pancarte effrayante malgré les fautes de français

L’Hôtel des Sports existe toujours à Digoin, c’est un hôtel une étoile du centre-ville. Pas très loin se trouve le château dont les terres se trouvaient « à cheval sur la ligne ». Il s’agit du château de Chiseuil, dans la même commune de Digoin : un Henri de Billy est en effet signalé comme héritant du domaine au XXe siècle.

Je signale qu’à 30 kilomètres de Digoin se trouve le seul musée de la Ligne de démarcation. Il s’agit du centre d’interprétation de la Ligne de démarcation à Génelard.

Pour l’histoire de la ligne, je pense que l’on peut conseiller le livre de l’historien Eric Alary :

La ligne de démarcation 1940-1944

Signalons enfin que Claude Chabrol avait réalisé en 1966 un film s’appelant La ligne de démarcation, au scénario duquel avait collaboré le colonel Rémy.

Publié par : rdegreve | septembre 19, 2010

La Résistance, patrimoine de l’Ariège

A l’occasion des Journées du Patrimoine, l’association « Mémoire, Résistance en Ariège – Solidarité transfrontalière » a organisé des visites guidées dans les cantons de Varilhes et Saverdun.

Connaissant déjà le circuit à pied dans Varilhes, j’ai choisi de suivre les visites guidées en voiture, hier avec Pierre Frayssines à Saverdun et dans les collines environnantes et aujourd’hui avec Olivier Nadouce autour de Varilhes.

Hier, nous étions une dizaine de personnes, plusieurs d’entre elles étant des témoins des événements évoqués par le guide. Il faut particulièrement souligner la présence de M. Saint-Martin, dont le père et la mère ont été tués à Justiniac le 26 juin 1944. Les recherches qu’il a effectuées sont impressionnantes et M. Saint-Martin souhaiterait publier un livre sur la base des résultats de ces recherches.

La visite a commencé à Saverdun, sur la place près de la Poste. M. Frayssines a longuement évoqué la figure du docteur Durin qui habitait une grande maison de brique en face de nous et qui a fondé la résistance à Saverdun, à la suite probablement d’un contact avec Pierre Dumas, adjoint de François Verdier, le chef régional du MUR (Mouvement uni de résistance).

Ensuite, direction Taillebrougues, une ferme dans les collines près de laquelle se trouve un champ qui servit de terrain de largage de parachutes au bénéfice du Corps Franc de la Montagne Noire. La réception, elle, était effectuée par les résistants de Saverdun dirigés par M. Durin.

La stèle en l'honneur des résistants de Saverdun à Taillebourgues

Ci-dessus, la stèle en l’honneur des résistants saverdunois et ci-dessous une vision du site de parachutage.

Le terrain de parachutage Iguane à Taillebourgues (Saverdun)

La particularité de ce site de parachutage était la complicité de l’ensemble des habitants des fermes aux alentours. Cette particularité n’a sans doute pas été étrangère au choix du docteur Durin.

Pour plus de renseignements,  voici un lien utile :

http://www2.ac-toulouse.fr/eco-cycle3-saverdun/dossiers/resistance/resistance1.htm. Parmi plusieurs page, celle sur Taillebrougue et celle sur les massacres de Justiniac nous concernent.

La troisième étape a justement été le petit village de Justiniac. Le 26 juin 1944, 6 personnes y furent tués. Une autre personne arrêtée alors est morte en déportation. La stèle principale porte l’inscription suivante :

« PASSANT , SOUVIENS-TOI…
Ici tombèrent le 26 juin 1944 assassinés par les barbares nazis six braves luttant pour la Libération de la France. »

HONNEUR à

SAINT-MARTIN Josette
SAINT-MARTIN Laurent
ORSINI Joseph Antoine
MAURETTE Pierre
BELBEZE Auguste Henry
GORLIER Louis

Que s’est-il passé à Justiniac ?

Le groupe des participants à la visite devant le château de Justiniac. De face, André Saint-Martin.

Une colonne allemande composé de membres de la division Das Reich surprit au petit matin les occupants du château de Justiniac. Ceux-ci avaient été avertis par plusieurs personnes du danger qui les guettait mais n’ont pas voulu partir. Les circonstances exactes sont assez bien connues maintenant grâce en particulier aux rapports de gendarmerie qui ont pu être consultés par André Saint-Marc et Pierre Frayssines aux Archives de la Gendarmerie qui se trouvent dans la ville du Blanc (Indre).

Le lendemain à la même heure je me trouvais devant la gare de Varilhes. Olivier Nadouce nous accueille. Le public est moins nombreux, mais nous sommes très concentrés sur notre sujet. La visite commence à Rieux-de-Pelleport devant la stèle qui se trouve à côté du Monument aux Morts. Cette stèle constitue un hommage aux 80 Espagnols arrêtés le 22 avril 1943 et les jours suivants dans des chantiers en Ariège, comme par exemple, outre Rieux même, à Aston et à L’Herm. C’est l’occasion pour Olivier Nadouce de décrire l’organisation des Guérilleros en Ariège.

Ensuite, un petit crochet par Verniolles pour une pensée à Herminia Munoz. Il ne doit pas y avoir beaucoup d’écoles primaires portant le nom d’une résistante !

Ecole primaire à Verniolles

Une petite halte dans la même commune, devant une stèle près de Fiches. Après la mort d’un gestapiste lors de l’arrestation à Foix d’un résistant, M. Maurette, les Allemands ont fusillés en représailles trois personnes emprisonnées, Aimé Balussou, Louis Jalabert et Paul Strauss. Une cérémonie se déroule ici tous les ans autour de la date du 20 juin.

La stèle de Fiches (Verniolles)

Dernière étape, le fameux terrain de parachutage appelé Pamplemousse, près du village de Rieucros, en allant vers les crêtes boisées au sud du village. Par rapport à la plaque commémorative, le terrain proprement dit se trouve un peu plus loin.

La plaque de Pamplemousse (Rieucros)

Olivier Nadouce nous montre un conteneur, une sorte de gros bidon utilisé pour les largages et un morceau de toile de parachute (paraît-il qu’il était parfois utilisé pour confectionner des robes pour les femmes !).

Un bidon par terre et un morceau de toile de parachute dans les mains d'Olivier Nadouce

Ensuite, joyeuse surprise, un passant se révèle avoir été maquisard en 1944. Est-ce vraiment un hasard ? A Rieucros, presque tous les jeunes ont été au maquis ! Extraordinaire unanimité peut-être due à la personnalité de notables comme Ernest Giret. Toujours est-il que la conversation devient fort joyeuse (eh oui !) avec les anecdotes racontées par notre interlocuteur improvisé. Il est finalement question de prolonger cette conversation par un entretien en règle pour conserver un témoignage tout à fait intéressant et le confronter aux autres témoignages d’acteurs de ces événements palpitants.

Un maquisard prolixe devant un public attentif, près de la plaque de Pamplemousse

Pour mémoire, le samedi matin et le dimanche matin, des visites à pied étaient organisées à Varilhes, guidées toujours par Olivier Nadouce. Dimanche matin, une quinzaine de personnes avaient répondu présentes.

Quel enseignement tirer de ce week-end de Journée du patrimoine ? Des sites et une mémoire peuvent-ils être constitutif d’un patrimoine ? Sans doute et ces visites ont prouvé leur intérêt intrinsèque.

Mais un problème persiste : on peut déplorer la faible présence de personnes peu concernées au départ par le thème. En revanche, pour ceux déjà intéressés, ce genre de balades guidées sont extrêmement intéressantes et agréables.

Aucun regret donc d’avoir délaissé pour une fois les églises romanes et les châteaux que j’aime tant ! Ces visites guidées de l’association Mémoire, Résistance en Ariège, Solidarité transfrontalière m’ont convaincu et passionné.

« Newer Posts - Older Posts »

Catégories